Trump tient un discours belliqueux et s'engage sur la voie de la guerre contre l'Iran. Netanyahou aussi

Trump tient un discours belliqueux et s'engage sur la voie de la guerre contre l'Iran. Netanyahou aussi

Alors que la campagne de propagande autour du détroit d'Ormuz s'essouffle, ce n'est pas la victoire qui se profile, mais un embrasement général
sam. 03 oct. 2026 7 min de lecture 0

Nous nous dirigeons vers davantage de guerre. Trump aurait pu (et aurait dû) proclamer la victoire et simplement se retirer d’Iran, mais cela l’aurait fait passer pour un « perdant » (une perspective qu’il ne peut tolérer). Mais d’autre part, il est — pour une raison ou une autre — sous l’emprise de Netanyahou et d’Israël.

En août 2024, Tucker Carlson s’est adressé directement à Trump : « Vous ne gagnerez pas cette guerre [contre l’Iran]. Vous la perdrez et elle détruira votre présidence. De plus, Netanyahou et la classe des donateurs sionistes ne vous aiment pas. Ils vous détestent. » « Je sais » fut la seule réponse de Trump. C’était à l’époque.

Dans son discours à l’Assemblée générale des Nations unies, Trump a déclaré que l’Iran devait soit capituler après les élections de mi-mandat américaines — après quoi il menaçait de lancer son ultimatum —, soit qu’il devrait alors décider s’il fallait ou non « anéantir rapidement » l’Iran. Tous ceux qui ont entendu ces propos y ont vu une menace d’utiliser des armes nucléaires. Et en effet, depuis lors, Trump est revenu à plusieurs reprises sur cette menace d’anéantissement, en utilisant tel ou tel synonyme — soulignant toujours, avec ses proches collaborateurs, l’exigence répétée selon laquelle l’Iran ne doit en aucun cas posséder l’arme nucléaire, jamais.

Parallèlement, Netanyahou affirme qu’Israël dispose de nouvelles informations des services de renseignement indiquant précisément que l’Iran prend des mesures concrètes en vue de se doter de l’arme nucléaire (bien que les milieux de la sécurité et de la défense en Israël affirment qu’aucune preuve de ce type n’existe). « Ils tentent de mettre au point des armes nucléaires et les moyens de les lancer sur toutes les villes des États-Unis », a de nouveau répété Netanyahou à CBS cette semaine.

Le nœud du problème réside dans le fait que Trump veut une victoire sur l'Iran, mais qu'aucune solution militaire miracle ne lui permet de l'emporter. Le discours de guerre d’avant les élections de mi-mandat a donc changé de cap pour souligner que l’emprise de l’Iran sur Ormuz a été brisée (Bloomberg « confirme » que nous sommes bel et bien revenus à des niveaux de flux pétroliers au Moyen-Orient proches de ceux d’avant la guerre), et que le blocus financier américain mènera l’Iran à la faillite d’ici deux semaines — c’est ce qu’affirme le secrétaire au Trésor Bessent.

En début de semaine, une campagne de propagande tous azimuts a été lancée pour convaincre le public que le détroit d’Ormuz est pratiquement ouvert. Comme l’écrit Philip Pilkington :

« “Ouvert à 80 %” : tel était l’argument avancé par Javier Blas de Bloomberg… [Cela] ressemblait à la dernière opération médiatique sur la surabondance de pétrole : le baril se négocie à près de 100 dollars, voire plus, alors que le flux traversant le détroit est revenu à peu près à ses niveaux d’avant la guerre. Appelons cela “Surabondance de pétrole 2.0” ».

Pilkington explique comment il a mené une enquête approfondie pour déterminer d’où« le récit de la Surabondance de pétrole 2.0 avait jailli » —

« J’ai posé une série de questions essentielles. Quelle est la source des données ? … Comment ont-elles été interprétées ? Comment [celles-ci] se comparent-elles à des faits vérifiables ? Que nous apprend la réaction du marché à terme du pétrole — composé de certains des analystes pétroliers les mieux informés de la planète — et celle du gouvernement américain sur la crédibilité du rapport ? … L’argument central est que les transporteurs ont trouvé un moyen discret de faire transiter du pétrole par le détroit d’Ormuz … La source principale était Kpler, la société d’analyse très réputée … souvent qualifiée de « Bloomberg des marchés physiques ».

« Le graphique de Kpler nous indique que, depuis début septembre, d’énormes quantités de pétrole transitent par le détroit d’Ormuz… [Cela] semblait étrange… Lorsque l’on examine les sources de données et la méthodologie de Kpler, on trouve de solides raisons de s’inquiéter. En temps normal, les données de Kpler semblent fiables… Pourtant, Kpler admet lui-même qu’il est impossible d’appliquer [ses procédures de vérification habituelles] aux navires… qui tentent de transporter du pétrole en toute discrétion. Au lieu de cela, [Kpler] affirme utiliser l’imagerie satellite pour compter les navires traversant le détroit. L’imagerie satellite haute résolution des zones de conflit actif est une denrée géopolitique très convoitée… [Cependant], lorsque j’ai enquêté là-dessus, j’ai découvert que Kpler ne précise pas d’où proviennent ces images… Des cadres supérieurs de l’entreprise [ont également déclaré] qu’ils utilisaient cette imagerie pour détecter des flottes fantômes « lorsque cela est autorisé »… ce qui suggère qu’ils n’ont pas le contrôle total sur les données fournies… » .

Pilkington estime toutefois que cette nouvelle campagne de propagande de guerre semble bien moins efficace — « Le [récit] de la surabondance de pétrole 2.0 n’a tout simplement pas eu le même impact que la première version ». Il note qu’en juillet, lorsque des commentateurs de premier plan avaient relayé le « récit de la surabondance de pétrole », les cours du pétrole avaient chuté de 30 dollars le baril ; cette fois-ci, ils n’ont baissé que de 10 dollars le baril. Surtout, le scepticisme était bien plus grand parmi les personnes bien informées. Compte tenu des preuves manifestes des attaques quasi quotidiennes menées par l’Iran à l’aide de missiles et de drones contre des navires enfreignant la réglementation iranienne, tant dans le détroit d’Ormuz que dans l’ensemble du golfe, cela n’a rien de surprenant.

La guerre de propagande est de toute façon davantage un volet des « guerres des élections de mi-mandat » que de la guerre contre l’Iran, que Trump a centrée sur la question nucléaire. La question de l’ouverture du détroit d’Ormuz vise à avoir un impact psychologique sur les préoccupations des électeurs américains concernant les prix du diesel et l’inflation à l’approche des élections.

Trump a explicitement déclaré qu'il attaquerait l'Iran après les élections de mi-mandat, si le pays ne capitulait pas. Mais dans ce contexte, le résultat des élections de mi-mandat devient lui-même un point discutable : si Trump obtient de meilleurs résultats que prévu, il est susceptible de considérer ce résultat électoral comme un soutien à sa position intransigeante sur la guerre contre l’Iran. Mais si Trump obtient de moins bons résultats — c’est-à-dire si le Parti républicain perd à la fois la Chambre des représentants et le Sénat — ne pourrait-il pas alors décider de « doubler la mise » quand même ?

Doubler la mise pour faire quoi ? Il est peu probable qu’une nouvelle campagne de bombardements sur le modèle de la phase initiale de la guerre conduise à la capitulation de l’Iran. Mais le recours aux armes nucléaires touche au cœur même des sensibilités et soulève des questions morales — Néanmoins, Colby Elbridge, sous-secrétaire à la politique de défense, s’emploie à modifier les protocoles américains relatifs à « l’utilisation des armes nucléaires » afin d’autoriser le recours à des armes nucléaires tactiques comme « solution intermédiaire » avant le « grand coup ».

Une façon de contourner cette sensibilité de l’opinion publique serait qu’Israël soit le premier belligérant à utiliser des armes nucléaires contre des cibles iraniennes — très probablement lancées depuis des sous-marins fournis par l’Allemagne. Cependant, même si des missiles Tomahawk à ogive nucléaire israéliens étaient lancés depuis des sous-marins, ces derniers — devant faire surface pour le lancement — exposeraient peut-être les navires et les missiles à une action préventive iranienne. Nul doute que les satellites surveillent la situation.

Et qu’en est-il de l’Iran ? Pourquoi l’Iran attendrait-il que l’Israël et les États-Unis soient pleinement prêts à une escalade après les élections de mi-mandat ? L’Iran attendrait-il dans l’espoir que ces élections entraînent un changement de paradigme politique aux États-Unis ? Ou bien l’Iran pourrait-il devancer les plans d’attaque américains et israéliens ?

Si cette prochaine phase de la guerre devait se produire — ce qui semble désormais inévitable —, elle s’étendrait plus largement et plus profondément que les derniers épisodes du conflit, modifiant à la fois la géographie politique du Moyen-Orient et, probablement, la position de la Russie et de la Chine vis-à-vis des États-Unis.

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